SR 2007, en ligne sur mon blog de candidat libre
Résumé des épisodes précédents : depuis lundi 11 juin au réveil, je sentais qu'il se tramait quelque chose... Plus d'invitations, plus d'appels téléphoniques, plus rien. C'est pas la surprise, pourtant, qui pouvait expliquer ce soudain désert. Qu'un UMP se soit fait élire au premier tour, chez nous, c'était pas une surprise du tout. Et surtout pas une raison pour annuler le deuxième tour avant même qu'il soit joué ! Non ?
Je m’empresse tout d’abord de saluer mes concurrents vainqueurs (ils m’ont tous battu) du premier tour, et en particulier Patrice Verchère, nouveau député de la circonscription.
La question à présent est : que faire de mes 200 voix ? Elle est d’une crucialité absolue, car, contrairement à mes concurrents, j’ai le nom et le numéro de téléphone de chacun de mes électeurs (à qui j’adresse un immense merci).
C’est l’avantage d’avoir été au combat sans étiquette, mais en chair et en os : vous êtes sûr que vos électeurs ne vous ont pas confondu avec un cochon en plâtre ou même avec une étiquette toute seule dans le grand bazar démocratique qui leur était proposé (si, si, c’est pure vérité : par exemple, les Verts ont recueilli 3 fois plus de voix que moi alors que leur candidate n’a pas fait campagne, pour l’excellente raison d’ailleurs qu’elle était en train d’accoucher).
Donc voilà : j’ai décidé de ne pas me désister et de me présenter au second tour. Et cette fois, comme je serai le seul candidat, je risque fort de gagner. Les autres, méfiez-vous !
- Don Quichotte -
Un de mes amis, un de ceux qui collent des affiches pour moi depuis trois semaines, m’envoie ce SMS :
Retour d’une tournée de vérif des points d’affichage. Tous les panneaux ont disparu ! Conditions difficiles pour les candidats au 2e tour !
Je m’étonnais aussi, qu’on ne m’invite plus à aucun débat ! Que les journaux s’obstinent au silence à l’endroit de ma candidature imparable ! Que même aucun de mes vainqueurs du premier tour n’ait répondu à mes félicitations !
C’est la conspiration du silence, alors ? Nous la romprons ! Sancho ! mon cheval ! mon armure ! On repart !
Piquant Rossinante du bout usé de ses éperons de bois, Don Quichotte leva sa lance et prit son élan à travers la pizzeria. Quelle charge ! Son cri vigoureux retentissait encore dans la salle qu’il était déjà à terre, ruisselant de plasma et tout englué de toile souple. Sur le second écran géant, indemne, le "20 Heures" de TF1-FRANCE2-ARTE-LCI-LCP fermait son œil liquide sur le sourire à toute épreuve de la sorcière et du lutin.
Je savais bien qu'il y avait un deuxième tour de prévu ! Foin des balivernes qu'on a tentées pour m'intimider, les ondes nationales annoncent avec enthousiasme 65% de participation pour la seule matinée. Mes électeurs se réveillent, c'est indubitable ! Vu l'affluence ce matin dans le village, je l'avais bien senti ! Et quand je pense à la mauvaise foi évidente du maire qui me disait que les gens n'étaient là que pour acheter leur pain ! Tu vois, Sancho, ce soir, nous aurons sans doute terrassé les chimères !
Les ondes s'enflamment toujours trop vite : La participation dépassera à peine celle de la semaine dernière, finalement. Pourtant, tu vois, Sancho, je suis sûr que mes électeurs se sont réveillés... Attendons...
Wwaaaaahh ! ce bordel ! Je le sentais Sancho, la France redevient gauloise ! La vague bleue achoppe sur la contre-vague rose. Juppé a pas de pot, il est marqué ce mec : c'est lui qui prend le reflux en pleine fiole... Pan, démission obligatoire ! La gauche déperd toujours sur le dos de ce qui n'est pas le pire. Tant pis ! bien fait pour Juppé ! Jack Lang en profite, il sera là encore pendant 5 ans à mimer la Blanquette, tu sais, la chèvre de Monsieur Seguin ! Ségolène pollue le débat du soir, balance son histoire de cul en plein moment où on allait enfin parler d'Europe. Elle avoue sa rupture... pas qu'on s'en foute, non... pas que tout le monde l'ait su depuis longtemps... non, juste histoire d'émanciper l'OPA qu'elle a bien l'intention de faire sur le PS mort ! Vas-y Ségo, l'Assemblée on s'en fout ! Vauzelles est réélu, il fera ce que tu dis ! C'est l'essentiel... PS contre UMP, on a gagné le même débat qu'éternellement. C'est sûr, ça va avancer un max, les 5 ans qui viennent !
Ah ! Sancho ! au fait... à Sain-Bel, j'ai gagné : 2 électeurs ont fait manif pour pouvoir voter pour moi. Du coup, j'emporte le second tour dans la 8e circonscription du Rhône. Et paraît que j'ai même eu des voix à Lyon, que ces salauds les comptent pour nulles ! Reste plus qu'à espérer qu'on puisse toujours écrire ce qu'on veut sur le Net sans agrément d'État. Et à ce propos, bonne nouvelle - la seule très bonne, ce soir : Renaud Donnedieu de Vabre est pas élu. Viré. Le fossoyeur de l'intelligence, du bon goût et de la liberté. L'ex-ministre de la Culture. Le monsieur DADvSI. A la poubelle ! On-a-ga-gné-on-a-ga-gné ! Momentanément. Très momentanément.
Sur ma terrasse à la fraîche, d’un seul coup j’ai eu envie d’écouter mon vieux et unique cd de Georges Chelon. Et en écoutant ses (très léchézé-mouvantes) goualantes, je me demande si Don Quichotte n’était pas en définitive un candidat ringard
Quel est ton nom, toi ? - Amour - et que fais-tu ? - J’aime - tout le monde ? - Non - Qui ? - Toi - tatataaa Moi je t’ai-me, toi tu m’ai-mes, nous on s’ai-me...
Et puis y’a aussi (magnifique)
Ah ! te voilà toi ! J’peux pas bien dire que j’te reconnaisse, j’étais vraiment à fleur d’jeunesse quand tu nous as laissés tomber... Ne te prends pas pour le Père prodigue, pour ton retour la table est vide, on n’a pas tué le veau gras - pas d’veau gras. Ce serait beaucoup trop facile de revenir d’un pas tranquille dans ce qui n’est pas un chez toi... Tu peux r’garder va, tu n’trouveras rien qui t’appartienne, pas un objet qui te retienne ni ne retiennent nos bras - ta place n’est pas sous notre toit... ta place n’est plus sous notre toit
Moi, ces histoires définitives, ça m’a toujours serré la gorge. C’est des histoires, je crois, qu’on a tous "quelque part" (comme on disait partout par abus de psychanalyse du temps de mes études) dans la glotte, dans les gènes, dans l’histoire. Des histoires de nous, intime et profond, qu’on croit avoir raison de chasser en croyant bêteusement qu’elles sont déprimantes, affolantes, pas montrables, irracontables. Qu’elles sont réservées aux génies, qui sont tous très dépressifs pour un qui arrive à s’en sortir.
On n’écoute plus du tout les histoires définitives, en fait. C’est le mal de ce siècle, qu’elles aient fini par faire flipper et lasser tout le monde, les histoires définitives. Elles sont ringardes, et les airs qui les portent (les histoires définitives sont toujours accompagnées par une mélodie, même que tu psalmodies dans ta tête sans t’en apercevoir). Y a rien à en tirer. "J’ai pas l’temps, j’m’esscuse !" La plupart, ils préfèrent se bourrer de cachets, pour les rides, pour le stress, pour l’angoisse, le sommeil, le poids, le prout coincé, la bandaison. Les histoires définitives et leurs mélodies goualantes ça rapporte que des soirées où t’as l’air con le lendemain. Ouais, Don Quichotte, c’était sacrément ringard. Peut-être j’aurais dû écouter Chelon jusqu’au bout de la connerie, "moi, je préfère m’appeler...", j’aurais dû m’appeler... Barabbas ?
J’suis pas bien sûr quand même. Les loups qui hurlent avec les loups, j’aime pas trop, j’y peux rien. D’abord, qui sait encore qui était Barabbas ? - je demande. Don Quichotte, c’est peut-être ringard, mais y a encore au moins 10 mecs qui savent, quand tu émets le nom. Tandis que Barabbas, franchement. 1 sur 100 000 ? - je me sens des générosités... A mon avis (j’en reviens à l’élection, tu vas voir) y en a moins encore en pourcentage qui savent qui était Barabbas que de gens qui ont voté pour moi il y a un mois. Personne ne sait plus qui est Barabbas. Barabbas est plus ringard que Don Quichotte. Et même que Georges Chelon.
Alors ? - Ben, j’en sais plus trop rien. D’un côté, je suis ravi et fier de mes résultats. Je n’en attendais pas plus et j’espérais, quand même, ne pas en avoir moins. Je prends le frais sur ma terrasse, c’est l’essentiel. En écoutant Chelon, c’est pas si accessoire. Pendant ce temps, des gens se baladent les sens sur ma nouvelle érotique toute fraîche récompensée, et je suis toujours libre. Ringard, mais libre.
Franchement, j’en demandais pas tant.