rubrique l'origine du monde

Pages arrachées : le mille-con

extrait publié avec l'aimable autorisation des éditions Jean-Pierre Huguet

Elle avait un con somptueux,
un con d'orfèvre,
un mille-con.

Ça s'ouvrait d'une fleur purpurine
à doux pétales,
une fente fine étirée
entre cul et pubis – une fente que dis-je ?
Un sillon filé droit que pincent,
charnus talus, deux gousses minces
qu'elle écartait prestement.

Elle avait un con somptueux,
un con d'orfèvre,
un mille-con.
Lèvres tendues sur le pourtour,
d'autres lèvres, petites, brillaient dedans –
bouche d'oiseau surmontée d'un bourgeon pâle,
œil gardien des profondeurs qui viennent.

Un filet d'eau luisait à la sortie du trou,
s'éparpillait, mouillait des grains de chair
et puis les doigts, la langue.
Où le bourgeon palpite on aurait dit
un petit val,
un petit creux de mousse où passent
les lacets d'or d'un flot qui joue.

Elle avait un con somptueux,
un con d'orfèvre,
un mille-con.
Et dans ce nid de fine claire
aux volets de soie rouge,
l'étroit judas s'écarquillait
comme une fleur noire qui guette.

Du fond, sa gangue douce aspirait ma quiquette,
amoureuse ventouse qu'humecte
la liqueur salée des étreintes –
Là, un fourreau goulu chauffait toute ma peau,
roulant ma chair pétrie jusqu'au profond du piège,
l'ourlait, l'enflait, et puis forçait ma sève –
mille anneaux comprimaient mon sexe englouglouti.

Des sucs veloutés, des murmures infimes
distillaient sur ma tige des acidités.
L'animal assouvi
avait des soubresauts délicieux qui piquaient.
Lors, ayant assez bu,
l'antre poussait mon dard visqueux
hors du sillon repu.

Elle avait un con somptueux,
un con d'orfèvre,
un mille-con.

Puis c'était des hoquets, des spasmes gargouillants –
Les jus perdus des replis fauves du dedans
s'exprimaient ; la bave s'écoulait –
et tandis qu'il dégorge, le mollusque divin
siffle comme une braise
– aux commissures des bulles, roses, pétillent.
Ce chant secret durait

plusieurs minutes, avait des vagues,
la mélodie intime luisait entre ses cuisses,
ses poils. Des rumeurs s'amusaient, de l'air
à l'eau faisaient des gammes.
La gorge humide, cette sirène ensorceleuse
se taisait. Sur la ténèbre refermée
la bouche aux cent parfums s'endormait épanouie.

Elle avait un con somptueux,
un con d'orfèvre,
un mille-con.