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Soral

Violence tempérée des échanges en weberie ordinaire :
dialogue avec Marcus Elbozo, philosophe sur Net

SR, 14 novembre 2009

J'ai pas mal hésité avant de rendre public cet échange mail – enfin, pas mal, disons 48 heures, mais au cours actuel des échanges internet c'est presqu'une une éternité, hélas !
Ce n'est pas la menace réitérée du prétendant universitaire et officiellement auto-déclaré immense lecteur ET critique ET redresseur de torts, que j'avais sans le vouloir piégé, qui me retenait. C'était principalement le fait que ces échanges, publiés de mon fait puissent me faire passer pour victime, ou héros – enfin une larmoyance quelconque, un de ces nombrilismes fétides dans lesquels le monde se roule, et qui me font gerber d'aussi loin que je me souvienne.

Cette bête histoire repose sur un enfantillage, et le hasard (la providence, mais je n'ose l'écrire directement) qui a fait que ce soit moi qui la provoque – et non pas l'initie – me gênait, et m'ennuie toujours.

Il est assez probable pourtant qu'à la lecture des paragraphes de ce pauvre document, la plupart d'entre leurs lecteurs ne mesure pas avec tant de rage ni d'acuité ce que j'y vois. C'est sans doute qu'exagérément habitué et las de cette mauvaise foi discrète mais toujours triomphante où fermente l'insalubre fumet de notre histoire commune, je supporte moins bien qu'aucun d'entre mes semblables de voir sans cesse pointer à l'horizon la moisissure impudique qui, à chaque époque, recouvre de vomi l'espérance des hommes.

La nôtre, d'époque, plus qu'aucune a inventé et mis en place, sous le prétexte entièrement fallacieux de "respect de la personne privée", une armada grotesque de limites, d'interdictions de dire en toute bonne foi la réalité telle qu'elle s'est produite. Dernier et premier lieu de ces interdictions, les échanges sur le Net, en réalité intégralement surveillés par toutes les polices légales et/ou marchandes du monde, mais que la plupart des nations font semblant de reconnaître encore pour quelque temps comme un espace commun à la contribution duquel chacun pourrait abonder en toute impunité. Les échanges par mail sont ainsi soumis au régime de la "correspondance privée", même si le premier provider venu est sommé de les conserver un temps indéfini autant que fluctuant – et, de tout façon, quasi éternel – selon les lois de leur pays d'origine. Mon correspondant ne s'étant pas privé de me rappeler ce droit mystérieusement aussi "fondamental" que celui qu'il a de mentir, de plagier et d'insulter, dans le secret, son prochain, c'est-à-dire d'exister en tant que pure imposture publique, je me vois dans l'obligation de maquiller son nom – en espérant que ce maquillage soit cependant assez transparent aux (rares) habitués des nombreux blogs et forums où, en roi du "buzz" comme sont tous ceux son espèce, il exhibe son identité réelle. Blogs et forums où, bien qu'écrivant aussi pesamment que ce que je vous livre de ses capacités, il se plait à jouer le défenseur de la Littérature et de la Culture, le magnanime tolérant à qui "le système" ne la fait pas, le découvreur subtil des raretés anciennes et modernes, des oubliés, des sans-grade… Et qui, à la première occasion où son mensonge est deviné, renonçant d'un seul homme – du seul poids de toute la vilaine culpabilité que ce genre de fantoches amasse inévitablement – à son masque de preu, crache sur le premier venu son mépris résolu des écrivains forcément minables qui n'ont trouvé pour les publier que de tout petits éditeurs.

Je crois que c'est, en fin de compte, ce mépris, tellement vil autant que tellement répandu dans toutes les sphères de l'activité humaine, par des types qui sans arrêt pour la galerie prétendent le contraire et vont, sommet du retournement de conscience, jusqu'à s'affubler lorsqu'il le faut – sur un plateau de télé de préférence, mais aussi à la radio, dans un bouquin, ou lors d'une petite séance de dédicace – de la posture de "marginal" ou pire : de "rebelle" – je crois que c'est ce mépris, démasqué par inadvertance, qui me convainc de mettre ces lignes en téléchargement libre (10 pages, 370 Ko environ, un tout riquiqui document, quoi).

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Cet article, plus anodin qu'aucun de ceux déposés sur ce site, a provoqué quelques remous dont je ne m'espère, hélas, pas tout à fait sorti. Merci en tout cas, à Juan Asensio pour ceci : La douceur de votre commerce l'enrichit et l'écho que lui seul (il faut le dire, même si ça doit faire encore plus pâlir de rage tous ceux qui le détestent et pourtant le lisent avec envie) pouvait donner à ce triste échange.

Merci aussi à l'inattendu spectateur des joutes du monde virtuel, l'écrivain canadien sans livre (pour un temps encore, sans doute, ou pour l'éternité s'il tient bon) et pourtant plus riche de littérature qu'aucun Elbozo
du monde virtuel et réel, le bien planté Ygor Yanka : qui veut ce crapaud d'Alpozzo ?